[suite des explications du Père Antoine sur la messe]

La question de la participation des fidèles soulève bien des questions. Parfois, l’extrême a même été jusqu’à dire que le fait de ne pas communier invalidait la participation active à la messe. Quelle tristesse ! Il est vrai que la communion est un peu la cerise sur le gâteau, elle réalise le toucher de Dieu, mais elle s’appuie d’abord sur l’unique sentiment qui nous porte et sur l’adhésion des fidèles. Elle n’en est pas détachable. Je communie d’abord à l’offertoire, lorsque je viens offrir mon cœur et mes prières (qui ont été préalablement élargis par la prière universelle.) C’est aussi le sens de la procession des offrandes qui porte notre cœur et non simplement une offrande extérieure à nous-mêmes : nous sommes ces hosties qui sont déposées sur l’autel. La communion n’est en rien nécessaire. L’Église ne la demande qu’une fois par an ! Parfois, il est bon de se priver de la communion parce qu’elle est trop habituelle, trop systématique. Parfois, au contraire, on se sent indigne et, par orgueil, on tient à se sentir comme éloigné de Dieu ; comme si notre péché nous maintenait loin de Dieu. Attention à ne pas mettre des bornes à la Miséricorde divine… Une fois le pardon donné dans la confession, il ne semble pas qu’il puisse y avoir de bonnes raisons de se priver régulièrement de la communion.

Derrière cette question de la participation, il y a surtout la difficulté à partager ce grand mystère de la messe. Combien de fois nous voyons des jeunes (ou des moins jeunes !) nous dire que la messe est toujours la même chose ? Qu’elle n’a pas d’intérêt… On peut combler ce manque par des gestes, des actions, des chants (et sûrement qu’il faut aussi de cela) mais on butera toujours sur la prière eucharistique, répétitive et non transformable, on butera toujours sur la place centrale du prêtre, homme. La seule manière d’entrer dans la messe et de participer activement est d’accepter de vivre la messe comme un mystère, ce qui me met en communion directe avec le sacré et le transcendant, ce qui est œuvre de Dieu. Il n’y a rien de si grand que l’Eucharistie, disait le curé d’Ars.

Parfois, et c’est aussi un risque, nous comprenons tellement que la messe est un mystère que le rite lui-même nous semble divin ! Si les paroles de la consécration sont nécessaires pour que la messe soit valide et la transsubstantiation réelle, ne perdons pas de vue que le rite est fait pour l’homme − et d’ailleurs par l’homme ! Il n’est qu’un moyen (certes magnifique et profondément respectable !) pour vivre du mystère de Dieu.

Père Antoine ROLAND-GOSSELIN – curé