Les éditos du Curé

CHARITE ET MISSION

« Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » Jn 13

C’est le grand commandement que Jésus nous laisse au soir du Jeudi Saint. Tout est bien sûr dans ce mot « comme ». Les chrétiens n’ont pas le monopole de l’amour. Mais ils sont appelés – eux – à aimer comme Jésus aime. Pas seulement aimer. Aimer comme Jésus. A la façon de Jésus. Aimer aussi parce que Jésus nous a aimés. Nous n’aurons jamais terminé d’apprendre à aimer ainsi. Nos propres forces ou notre bonne volonté ne suffiront pas pour y parvenir. Ce sera l’œuvre de Jésus en nous. La charité est une vertu théologale : un don de Dieu, qu’il faut demander dans la prière et exercer pour qu’il fructifie.

Ce qui est intéressant, c’est que Jésus en fait le « marqueur » pour authentifier notre appartenance à la famille de ses disciples, et le fondement du rayonnement missionnaire de toute communauté. Il y a là quelque chose de très profond à méditer : notre crédibilité vis-à-vis du monde se jouera d’abord sur notre capacité à aimer notre prochain. Cette charité authentiquement chrétienne – qui ne cache pas cette dimension chrétienne – reste sans doute ce qui peut toucher les cœurs et les intelligences de nos contemporains. Elle les rend disponibles à l’annonce explicite du message chrétien. Que cette certitude s’inscrive dans nos esprits, et nous accompagne dans toutes nos rencontres. Qu’elle puisse aussi éclairer notre vie en paroisse ! L’enjeu est immense…

Abbé GROSJEAN, curé +

Edito du 19 mai 2019

« À mes brebis, je donne la vie éternelle »

La liturgie de ce dimanche nous fait contempler Jésus à travers la figure du Bon Berger. Ce même dimanche, l’Église nous invite à prier tout spécialement pour les vocations sacerdotales. L’évangile peut éclairer notre prière et notre compréhension de ce qu’est le prêtre. Il n’est pas le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur, c’est Jésus. Le prêtre n’est pas un « sauveur », seul Jésus sauve. Le prêtre est un disciple du Bon Pasteur. Il se met à l’école de Jésus pour prendre soin de ceux qui lui sont confiés par Jésus. Il n’est en rien propriétaire de son troupeau. Il en est le berger, c’est-à-dire le serviteur. Il n’amène pas à lui-même, mais au Christ. Il n’est pas là pour rassembler autour de lui, mais pour entraîner avec lui vers le Christ. Il n’est pas au service d’une opinion ou d’une idéologie, mais de ce don de la vie éternelle. Selon ses propres mots cités par l’évangile, Jésus veut en effet donner la vie éternelle à ses brebis, et chaque prêtre se met au service de ce désir de Jésus. Le prêtre offre sa vie pour que ce « don de Dieu » soit offert à tous et accueilli par tous. Il se met au service du « oui » de chacun, de l’accomplissement de la vocation de chacun. C’est là la joie du prêtre, c’est là le sens profond de son « oui » à lui.

Prions pour les jeunes que Jésus appelle dans notre paroisse, pour leur discernement, et pour ceux qui se préparent à s’engager à la suite du Christ. Qu’ils se sentent portés par la prière de toute la communauté, pour avancer avec confiance et humilité vers le don total de leur vie !

Abbé GROSJEAN, curé +

Edito du 12 mai 2019

REBÂTIR !

C’est le cri du cœur de tous les français, bouleversés par les images de Notre-Dame de Paris défigurée par l’incendie du lundi saint. Il faut rebâtir Notre-Dame de Paris, car nous en avons besoin. Paris mais aussi notre pays ont besoin de ce lieu de paix et de prière, de ce refuge aux heures douloureuses de notre histoire, de ce témoignage de la foi de nos anciens et des générations d’aujourd’hui qui continueront de s’y recueillir et d’y célébrer le Seigneur.

Rebâtir, c’est aussi le souhait du Pape François, en désirant offrir au monde une Église qui soit une famille accueillante pour tous, crédible et sûre, renouvelée profondément dans sa vocation. Nous sommes les pierres vivantes de cette Église, et son rayonnement dépend de la fidélité de chacun à la foi de son baptême.

Rebâtir, c’est aussi l’œuvre de Jésus à travers sa mort et sa résurrection. Il vient restaurer en nous la beauté et la sainteté que Dieu souhaitait pour chacun. Il vient reconstruire le lien entre l’homme et Dieu, lien d’amitié brisé par le péché. Il vient guérir les blessures, remettre l’homme debout. Il nous relève et nous rend capables de notre vocation. Ce que le péché avait détruit en nous, Jésus le reconstruit. Le mal n’a pas le dernier mot. Il ne l’aura jamais. Il peut abîmer, blesser, faire tomber, tourmenter… mais rien ne pourra lasser Jésus de reconstruire en nous cette sainteté reçue à notre baptême. Voilà la joie de Pâques. C’est la joie d’une reconstruction !

A tous, je souhaite de belles et saintes fêtes de Pâques, dans la joie du Christ ressuscité !

Abbé GROSJEAN, curé +

Edito du 21 avril 2019

« Montons à Jérusalem… »

C’est par ces mots que Jésus entraîne ses apôtres dans la dernière ligne droite de sa vie publique, les derniers jours de sa mission. Il aurait pu s’y soustraire, il aurait pu éviter cette issue… mais « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Aussi est-Il résolu à nous aimer jusqu’au bout.

Comme chaque année, l’Église nous donne de revivre ces évènements qui ont bouleversé l’histoire du monde. Ces heures douloureuses et magnifiques à la fois, qui ont vu Dieu s’abaisser jusqu’à mourir sur une croix pour que nous ayons la vie. On a vu Jésus aimer jusqu’à donner sa vie, pardonner jusqu’à prier pour ses tortionnaires, tout donner jusqu’à se donner Lui-même. Ces heures de la Passion nous révèlent mieux que toutes les homélies à quel point nous avons été aimés. Nous comprenons la réalité du combat spirituel, l’enjeu du salut de nos âmes, la gravité de nos péchés en redécouvrant ce que Jésus a dû vivre pour nous sauver. Cette semaine sainte, qui nous fait cheminer des larmes du calvaire à la joie du matin de Pâques, en passant par l’émotion du lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie, ancre en nous la certitude que le mal est vaincu, et que l’Amour est vainqueur.

Vivons ces célébrations de tout cœur, comme un ultime pèlerinage vers la joie de Pâques. Osons encourager et inviter nos amis à y participer avec nous. Ils ne seront pas indifférents à la beauté saisissante des rites et au récit des dernières heures du Christ. Entrons dans cette grande semaine sainte avec ferveur et générosité, montons avec Lui à Jérusalem…

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 14 avril 2019

Le regard du Christ

Dans l’évangile de ce dimanche, il y a ce qui est écrit, ce que les témoins de la scène ont entendu mais aussi ce qui nous est laissé à imaginer. J’aime ainsi pour ma part contempler le regard de Jésus sur cette femme. Un regard profondément bon et juste. Un regard qui ne nie pas le péché ni le relativise, mais qui n’enferme pas la personne dans son péché. Un regard qui ne réduit pas l’autre à sa faute. Un regard qui console, relève, encourage à changer de vie… parce que ce même regard continue d’aimer, au-delà de la faute. Un regard qui révèle à cette femme qu’elle demeure digne d’être aimée. En cela, ce regard de Jésus lui rend sa beauté et la purifie. Les paroles du Christ mettent ensuite des mots sur ce que ce regard exprime.

Ce regard, c’est celui du Christ sur chacun de nous. Sous le regard de Jésus, nul ne se sent condamné, mais tous se découvrent appelés à se relever et capables de progresser. Ce regard, il nous faut aussi apprendre à le poser les uns sur les autres. Nous nous ferons grandir, prêtres et fidèles d’une même paroisse, en ayant ce regard de bienveillance. Il en va de même dans une famille, dans une équipe au travail, dans toute communauté…  Les jugements « lapidaires » ou les paroles qui enferment sont un poison. Cet esprit de bienveillance, construisons-le ensemble, tous portés par ce même regard de Jésus pose sur chacun de nous. C’est le grand point commun que nous avons tous : nous avons été regardés par le Christ, et ce regard nous a sauvé.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 7 avril 2019

« Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Saint Paul adresse ce vibrant appel aux corinthiens dans la 2e lecture de ce dimanche. L’apôtre des nations sait lui-même ce qu’il doit à la miséricorde du Seigneur. Comment pourrait-il l’oublier, lui l’ancien persécuteur ?! Voilà ce qui en fait un « bon ambassadeur du Christ », selon son expression. Non qu’il se prenne pour le Christ, mais il est disciple du Christ, parce que sauvé et pardonné par le Christ.

Vos prêtres aussi savent combien ils ont eu besoin et continuent d’avoir besoin de la miséricorde de Dieu ! Quand nous encourageons les fidèles à vivre au cours du carême le sacrement du pardon, cela s’apparente au conseil de pauvres à d’autres pauvres : nous avons tous en commun d’être des pécheurs, mais des pécheurs aimés et pouvant être pardonnés. L’Église ne s’est jamais comprise comme un club élitiste de gens parfaits, mais comme une famille de pauvres, qui avancent cahin-caha vers le Ciel, s’entraidant et se supportant, essayant de leur mieux d’aimer et de se laisser aimer.

Je souhaite à tous ceux qui le peuvent de vivre une belle confession avant Pâques. On peut en avoir envie ou pas trop… mais le Seigneur, lui, en a manifestement le grand désir. Il veut faire de nous à cette occasion des « créatures nouvelles » : le pardon ne remet pas seulement nos péchés, il nous guérit et nous libère, il nous reconstruit et nous remet debout. Entre nous, comme entre Dieu et nous, chaque pardon nourrit l’amour qui nous relie et le fait grandir. Chaque pardon est (déjà) une résurrection.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 31 mars 2019

« Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber »

Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens que nous écoutons ce dimanche nous laisse à chacun cet avertissement. Il illustre ces quelques mots avec le rappel de l’exode, au cours duquel beaucoup d’hébreux sont morts avant de voir la Terre Promise, car ils n’avaient pas su persévérer dans la foi et la confiance.
C’est donc une règle de vie spirituelle bien précieuse pour chacun de nous. Il ne s’agit pas de douter systématiquement de soi, ni de vivre dans la crainte permanente de tomber. Il s’agit de cultiver la vertu de prudence, et la garde de notre cœur. Tout en nous réjouissant du bien que Dieu nous permet de faire, et des progrès que nous réalisons, nous n’oublions pas notre fragilité d’homme pécheur. Même les meilleurs sont fragiles ! Cette pensée nous évite de nous croire définitivement « arrivés », et nous aide à cultiver notre désir de conversion. Notre fidélité se construit chaque jour, et se reçoit du Seigneur dans une relation entretenue quotidiennement. Être fidèle, c’est être fidèle à prendre les moyens d’être fidèle.
La vraie force d’une femme ou d’un homme, c’est savoir se laisser encourager, aider et sauver. La conscience de ma capacité à tomber ne doit pas me paralyser, mais au contraire m’encourage à prendre les moyens de me laisser soutenir par le Seigneur, l’Église, les autres. Cela nous enracine alors dans une paix humble et confiante, certains que Dieu veille sur notre persévérance.
Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 24.03.19

« Nous avons notre citoyenneté dans les cieux »

« Citoyens des cieux » : voilà le beau titre que nous donne Saint Paul ce dimanche, dans sa lettre aux Philippiens. Comment pouvons-nous le comprendre ? Il me semble que ce titre nous rappelle notre état de pèlerins sur la terre. Comme chrétiens, nous savons que notre vocation ultime est de voir Dieu, d’être avec Lui pour l’éternité. Nous savons aussi que cette vie éternelle a déjà commencé : par les sacrements, nous sommes déjà avec Lui. Nous vivons déjà de cette amitié qu’Il nous a offerte. Chaque sacrement, chaque messe, chaque pardon reçu est comme un avant-goût du Ciel et nous fait désirer le Ciel.

Ce titre, nous le portons donc déjà, depuis notre baptême. Il ne s’agit pas pour autant de se désintéresser de la terre ni des attachements légitimes que nous pouvons y vivre (à notre famille, à notre pays, à nos amis, à notre prochain, etc…). Il s’agit de vivre tout cela avec un cœur de pèlerin, qui se sait de passage. Ce pèlerinage, il se fait dans la foi, l’espérance et la charité, que nous sommes appelés à exercer concrètement tout au long de notre vie. Les difficultés et les tristesses du chemin ne nous feront pas oublier, ni nous décourager du but. Les joies du chemin nous préparent à une joie plus grande encore, qui seule pourra nous combler. Que ce carême puisse renouveler en nous ce cœur de pèlerin, les pieds bien sur terre mais les yeux déjà fixés vers le Ciel. Qu’il nous donne aussi d’entraîner nos proches dans ce beau périple, en leur donnant envie de vivre cette grande aventure de la foi !

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 17 mars 2019

« Aimez vos ennemis. »

Ces mots sont forts. Ils sont même provocants. Ils provoquent un sursaut, un cri du cœur : « Jamais ! Comment me demander cela ?! » ou au minimum une vrai réticence de fond. D’abord parce qu’on ne comprend pas vraiment ce que veut dire « aimer ». Ce n’est pas de l’ordre du sentiment. On peut légitimement éprouver une répulsion ou du ressentiment profond pour ceux qui nous ont blessés ou qui font du mal. Jésus explicite : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » Au-delà de ce qu’on ressent, il y a ce qu’on décide de faire et de vouloir. Répondre au mal par le bien, c’est la seule façon de vaincre ce mal. C’est le seul rempart contre la haine qui pourrait m’envahir. C’est la seule façon de suivre Jésus. Il a aimé ses ennemis. Non pas comme il a aimé St Jean ou Lazare, ses amis. Mais il a donné sa vie et prié pour ceux qui le mettaient à mort ou qui réclamaient son supplice. Il voulait les sauver, eux-aussi : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? » (Ezechiel 18, 23). C’est là la vraie victoire sur le mal : non pas la destruction du pécheur, mais sa conversion (qui n’exclue pas la sanction éventuellement nécessaire). C’est notre amitié avec Jésus qui nous donnera – bien au-delà de ce qui nous semble humainement possible – cette charité qui veut sauver, cette charité qui espère et patiente, sans jamais nier ni relativiser le mal qui est à l’œuvre.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 24.02.2019

Nous sommes faits pour un bonheur plus grand.

Nous sommes faits pour le bonheur. Mais nous portons en nous un désir d’infini auquel notre monde ne pourra pas répondre, une soif de bonheur que la vie dans ce monde blessé ne pourra pas combler. Faut-il alors se désespérer ? Se résigner à l’insatisfaction ou à la déception permanente ? C’est en effet le risque, dénonce la première lecture : mettre sa foi dans ce qui est périssable ou qu’humain. Attendre son bonheur de ce monde uniquement. C’est ce que Jésus reprend : « malheur à vous qui êtes repus maintenant », qui vous contentez au fond de ce que le monde peut donner. Vous renoncez à la joie parfaite car vous ne voulez pas attendre, vous ne voulez pas la demander, la recevoir… vous voulez posséder, prendre et accaparer un bonheur à votre mesure, quand Dieu vous a fait pour une joie à sa mesure !

Ce qui nous fera consentir aux limites de ce monde, à nos propres limites, c’est de comprendre qu’on est en pèlerinage vers une joie infinie qui nous attend. Ces joies de la terre préparent une joie plus grande encore. Nos pauvretés de la terre nous donnent un cœur prêt à recevoir, qui espère et attend. Il faut tout vivre – les joies et les peines de cette vie sur terre – comme autant d’étapes vers la rencontre avec le Seul qui pourra combler les désirs de notre cœur. « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur. Et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » résumait Saint Augustin.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 17.02.2019