Les éditos du Curé

Le regard du Christ

Dans l’évangile de ce dimanche, il y a ce qui est écrit, ce que les témoins de la scène ont entendu mais aussi ce qui nous est laissé à imaginer. J’aime ainsi pour ma part contempler le regard de Jésus sur cette femme. Un regard profondément bon et juste. Un regard qui ne nie pas le péché ni le relativise, mais qui n’enferme pas la personne dans son péché. Un regard qui ne réduit pas l’autre à sa faute. Un regard qui console, relève, encourage à changer de vie… parce que ce même regard continue d’aimer, au-delà de la faute. Un regard qui révèle à cette femme qu’elle demeure digne d’être aimée. En cela, ce regard de Jésus lui rend sa beauté et la purifie. Les paroles du Christ mettent ensuite des mots sur ce que ce regard exprime.

Ce regard, c’est celui du Christ sur chacun de nous. Sous le regard de Jésus, nul ne se sent condamné, mais tous se découvrent appelés à se relever et capables de progresser. Ce regard, il nous faut aussi apprendre à le poser les uns sur les autres. Nous nous ferons grandir, prêtres et fidèles d’une même paroisse, en ayant ce regard de bienveillance. Il en va de même dans une famille, dans une équipe au travail, dans toute communauté…  Les jugements « lapidaires » ou les paroles qui enferment sont un poison. Cet esprit de bienveillance, construisons-le ensemble, tous portés par ce même regard de Jésus pose sur chacun de nous. C’est le grand point commun que nous avons tous : nous avons été regardés par le Christ, et ce regard nous a sauvé.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 7 avril 2019

« Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Saint Paul adresse ce vibrant appel aux corinthiens dans la 2e lecture de ce dimanche. L’apôtre des nations sait lui-même ce qu’il doit à la miséricorde du Seigneur. Comment pourrait-il l’oublier, lui l’ancien persécuteur ?! Voilà ce qui en fait un « bon ambassadeur du Christ », selon son expression. Non qu’il se prenne pour le Christ, mais il est disciple du Christ, parce que sauvé et pardonné par le Christ.

Vos prêtres aussi savent combien ils ont eu besoin et continuent d’avoir besoin de la miséricorde de Dieu ! Quand nous encourageons les fidèles à vivre au cours du carême le sacrement du pardon, cela s’apparente au conseil de pauvres à d’autres pauvres : nous avons tous en commun d’être des pécheurs, mais des pécheurs aimés et pouvant être pardonnés. L’Église ne s’est jamais comprise comme un club élitiste de gens parfaits, mais comme une famille de pauvres, qui avancent cahin-caha vers le Ciel, s’entraidant et se supportant, essayant de leur mieux d’aimer et de se laisser aimer.

Je souhaite à tous ceux qui le peuvent de vivre une belle confession avant Pâques. On peut en avoir envie ou pas trop… mais le Seigneur, lui, en a manifestement le grand désir. Il veut faire de nous à cette occasion des « créatures nouvelles » : le pardon ne remet pas seulement nos péchés, il nous guérit et nous libère, il nous reconstruit et nous remet debout. Entre nous, comme entre Dieu et nous, chaque pardon nourrit l’amour qui nous relie et le fait grandir. Chaque pardon est (déjà) une résurrection.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 31 mars 2019

« Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber »

Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens que nous écoutons ce dimanche nous laisse à chacun cet avertissement. Il illustre ces quelques mots avec le rappel de l’exode, au cours duquel beaucoup d’hébreux sont morts avant de voir la Terre Promise, car ils n’avaient pas su persévérer dans la foi et la confiance.
C’est donc une règle de vie spirituelle bien précieuse pour chacun de nous. Il ne s’agit pas de douter systématiquement de soi, ni de vivre dans la crainte permanente de tomber. Il s’agit de cultiver la vertu de prudence, et la garde de notre cœur. Tout en nous réjouissant du bien que Dieu nous permet de faire, et des progrès que nous réalisons, nous n’oublions pas notre fragilité d’homme pécheur. Même les meilleurs sont fragiles ! Cette pensée nous évite de nous croire définitivement « arrivés », et nous aide à cultiver notre désir de conversion. Notre fidélité se construit chaque jour, et se reçoit du Seigneur dans une relation entretenue quotidiennement. Être fidèle, c’est être fidèle à prendre les moyens d’être fidèle.
La vraie force d’une femme ou d’un homme, c’est savoir se laisser encourager, aider et sauver. La conscience de ma capacité à tomber ne doit pas me paralyser, mais au contraire m’encourage à prendre les moyens de me laisser soutenir par le Seigneur, l’Église, les autres. Cela nous enracine alors dans une paix humble et confiante, certains que Dieu veille sur notre persévérance.
Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 24.03.19

« Nous avons notre citoyenneté dans les cieux »

« Citoyens des cieux » : voilà le beau titre que nous donne Saint Paul ce dimanche, dans sa lettre aux Philippiens. Comment pouvons-nous le comprendre ? Il me semble que ce titre nous rappelle notre état de pèlerins sur la terre. Comme chrétiens, nous savons que notre vocation ultime est de voir Dieu, d’être avec Lui pour l’éternité. Nous savons aussi que cette vie éternelle a déjà commencé : par les sacrements, nous sommes déjà avec Lui. Nous vivons déjà de cette amitié qu’Il nous a offerte. Chaque sacrement, chaque messe, chaque pardon reçu est comme un avant-goût du Ciel et nous fait désirer le Ciel.

Ce titre, nous le portons donc déjà, depuis notre baptême. Il ne s’agit pas pour autant de se désintéresser de la terre ni des attachements légitimes que nous pouvons y vivre (à notre famille, à notre pays, à nos amis, à notre prochain, etc…). Il s’agit de vivre tout cela avec un cœur de pèlerin, qui se sait de passage. Ce pèlerinage, il se fait dans la foi, l’espérance et la charité, que nous sommes appelés à exercer concrètement tout au long de notre vie. Les difficultés et les tristesses du chemin ne nous feront pas oublier, ni nous décourager du but. Les joies du chemin nous préparent à une joie plus grande encore, qui seule pourra nous combler. Que ce carême puisse renouveler en nous ce cœur de pèlerin, les pieds bien sur terre mais les yeux déjà fixés vers le Ciel. Qu’il nous donne aussi d’entraîner nos proches dans ce beau périple, en leur donnant envie de vivre cette grande aventure de la foi !

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 17 mars 2019

« Aimez vos ennemis. »

Ces mots sont forts. Ils sont même provocants. Ils provoquent un sursaut, un cri du cœur : « Jamais ! Comment me demander cela ?! » ou au minimum une vrai réticence de fond. D’abord parce qu’on ne comprend pas vraiment ce que veut dire « aimer ». Ce n’est pas de l’ordre du sentiment. On peut légitimement éprouver une répulsion ou du ressentiment profond pour ceux qui nous ont blessés ou qui font du mal. Jésus explicite : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » Au-delà de ce qu’on ressent, il y a ce qu’on décide de faire et de vouloir. Répondre au mal par le bien, c’est la seule façon de vaincre ce mal. C’est le seul rempart contre la haine qui pourrait m’envahir. C’est la seule façon de suivre Jésus. Il a aimé ses ennemis. Non pas comme il a aimé St Jean ou Lazare, ses amis. Mais il a donné sa vie et prié pour ceux qui le mettaient à mort ou qui réclamaient son supplice. Il voulait les sauver, eux-aussi : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? » (Ezechiel 18, 23). C’est là la vraie victoire sur le mal : non pas la destruction du pécheur, mais sa conversion (qui n’exclue pas la sanction éventuellement nécessaire). C’est notre amitié avec Jésus qui nous donnera – bien au-delà de ce qui nous semble humainement possible – cette charité qui veut sauver, cette charité qui espère et patiente, sans jamais nier ni relativiser le mal qui est à l’œuvre.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 24.02.2019

Nous sommes faits pour un bonheur plus grand.

Nous sommes faits pour le bonheur. Mais nous portons en nous un désir d’infini auquel notre monde ne pourra pas répondre, une soif de bonheur que la vie dans ce monde blessé ne pourra pas combler. Faut-il alors se désespérer ? Se résigner à l’insatisfaction ou à la déception permanente ? C’est en effet le risque, dénonce la première lecture : mettre sa foi dans ce qui est périssable ou qu’humain. Attendre son bonheur de ce monde uniquement. C’est ce que Jésus reprend : « malheur à vous qui êtes repus maintenant », qui vous contentez au fond de ce que le monde peut donner. Vous renoncez à la joie parfaite car vous ne voulez pas attendre, vous ne voulez pas la demander, la recevoir… vous voulez posséder, prendre et accaparer un bonheur à votre mesure, quand Dieu vous a fait pour une joie à sa mesure !

Ce qui nous fera consentir aux limites de ce monde, à nos propres limites, c’est de comprendre qu’on est en pèlerinage vers une joie infinie qui nous attend. Ces joies de la terre préparent une joie plus grande encore. Nos pauvretés de la terre nous donnent un cœur prêt à recevoir, qui espère et attend. Il faut tout vivre – les joies et les peines de cette vie sur terre – comme autant d’étapes vers la rencontre avec le Seul qui pourra combler les désirs de notre cœur. « Tu nous as fait pour Toi, Seigneur. Et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Toi » résumait Saint Augustin.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 17.02.2019

ENTRETIEN D’EMBAUCHE…

On pourrait relire l’évangile de ce jour comme une sorte d’entretien d’embauche que Jésus fait passer à Simon-Pierre, sans que celui-ci ne le perçoive tout de suite.
Jésus ne trouve pas Pierre forcément très disponible : le futur apôtre vient de passer la nuit à ne rien prendre, le résultat de son travail n’est pas bon. On peut même imaginer qu’il s’inquiète : comment va-t-il rattraper cette journée qui n’a rien rapporté ? Il est en échec. Jésus sait tout cela, et lui demande pourtant de repartir. Pierre ne peut s’empêcher d’exposer son incompréhension, mais fait confiance : « Sur ta parole… ». Voilà un garçon à la fois franc, mais courageux et capable de faire confiance. Il est aussi capable d’humilité et de lucidité : découvrant le miracle, comprenant l’identité de son auteur, il ne peut que tomber à genoux. Devant Dieu, il sait se reconnaître pauvre et indigne. C’est la condition pour se laisser aimer, mais aussi pour ne pas se prendre pour le sauveur lui-même. Pour Jésus, cela suffit ; Il ne s’éloigne pas. Il n’ignore rien des limites de Pierre, mais Il le choisit. Avec chacun de nous il souhaite faire de même. Il n’a pas besoin de notre supposée perfection. Juste de notre générosité, de notre désir de nous laisser sauver, et de notre foi. « Sois sans crainte » C’est par ces mots que Jésus introduit Pierre à sa nouvelle mission.
Ce sont ces mots que Jésus nous redit à chacun, quotidiennement, face à nos missions du jour.

Abbé GROSJEAN, curé
Edito du 10 février 2019

Retour au pays

Jésus après le miracle de Cana a commencé sa vie publique. Partout où il passe, sa parole impressionne et les miracles abondent. Le voici de retour à Nazareth. On le connaît bien ici… Ou plutôt on pense le connaître : « C’est le fils de Joseph, le charpentier ». Hélas, quand on pense savoir, on est souvent bien moins ouvert à découvrir qu’on ne sait pas. On a du mal à accepter de s’ouvrir à une vérité qui bouscule nos certitudes. Les cœurs et les intelligences se ferment, s’agrippant à ces certitudes. Les conditions d’un miracle ne sont pas réunies.
Il n’y en aura pas. Ce sera leur seul endroit ! Nazareth…

Une vraie leçon pour nous tous. Il est bien plus facile parfois de faire découvrir la bonne nouvelle de l’évangile à ceux qui ne savent rien, qu’à ceux qui savent un peu et qui sont persuadés que cela leur suffit. Un vieux pays chrétien comme la France qui pense savoir, qui croit avoir fait le tour de la question religieuse et qui avec orgueil désormais regarde tout cela de haut, est devenu un pays de mission très difficile. Nous-mêmes pouvons-nous être guettés par cette tiédeur, ce sentiment d’en savoir assez, d’avoir déjà fait pas mal… au point de ne plus être très ouverts aux appels bousculants à la sainteté d’un pape François ou à la radicalité de l’évangile.

Demandons la grâce d’un cœur qui ne soit jamais rassasié, jamais repu, mais toujours assoiffé de mieux connaître Jésus pour mieux l’aimer.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 03.02.2019

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »

L’Écriture Sainte que nous écoutons chaque dimanche, que nous lisons peut-être chaque jour, n’est pas un livre comme les autres. Ce n’est pas le récit des exploits d’un homme célèbre. Ni les mémoires d’un grand homme aujourd’hui disparu. Ni même la légende dorée d’un riche et puissant leader. C’est la parole vivante d’un Dieu vivant. C’est le sens de ce que dit Jésus, après avoir lu l’Écriture dans la synagogue. C’est l’expérience que nous pouvons faire en constatant que nous ne recevons pas de la même façon, chacun, le même texte que nous avons entendu pourtant ensemble. Dieu parle à chacun de nous à travers ce texte, Dieu nous parle personnellement. La lecture actualise le texte en quelque sorte. Dieu accomplit pour nous ce que le texte dit.

Il nous faut retrouver l’habitude de lire en famille et chacun de son côté l’Écriture Sainte, les Évangiles, la Parole de Dieu… Qu’elle puisse ainsi éclairer nos vies, nos discernements, nos choix, nos épreuves et nos joies. Voilà de quoi éviter la « routine » dans notre prière.

N’oublions pas que c’est l’Église qui nous apprend à lire cette Parole et à la comprendre. Elle nous donne aussi les sacrements pour nous aider à vivre le message porté par ces livres : notre vocation à être saints en répondant à l’Amour immense de Dieu révélé dans chaque page de la Bible.

Abbé GROSJEAN, curé

Edito du 27 janvier 2019

Tout débuta par des noces…

Jésus est donc invité à des noces, et il s’y rend. Le Fils de Dieu n’a pas dédaigné participer aux fêtes des hommes. Il ne va pas seulement à la célébration religieuse, il s’associe aux festivités qui suivent. Petit signe simple mais concret que le Seigneur se fait proche, et aime être associé à notre quotidien, avec ses joies et ses peines. Il va même accepter d’hâter l’heure de son premier miracle, pour « sauver » cette fête de famille, et éviter aux jeunes mariés un accroc qui aurait terni leur joie. Il est vrai que Notre Dame le lui a demandé. Jésus ne peut rien refuser à sa mère…
Il s’émerveille devant sa foi et sa bonté. Il connaît son attention et sa délicatesse. Il aime sa prière et l’écoute. Jésus réalise son premier miracle. Mais n’a-t-il pas en tête autre chose ? Ne voit-il pas un autre sens à ces noces… Ne lui évoquent-elles pas sa mission, cette mission pour laquelle il est venu, et qui lui fera donner sa vie trois années plus tard ? Commencer sa vie publique par « sauver » des noces, c’est sans doute – mais nous ne le comprenons que maintenant – éclairer le sens profond de ces trois années d’annonce de la Bonne Nouvelle sur les routes de Palestine. L’époux véritable c’est le Christ. Il vient chercher la fiancée infidèle – l’humanité – et la réconcilier avec lui. Il veut l’épouser, en établissant une nouvelle alliance. Ce sont les noces de l’Agneau, annoncées par Isaïe : « Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ». Notre âme se
laissera-t-elle réconcilier et séduire par l’époux ? Il donnera bientôt sa vie pour obtenir notre « oui ». Notre joie sera de nous laisser aimer et de l’aimer en retour, pour que ce qui a commencé par des noces, puisse s’achever dans des noces éternelles !
Abbé GROSJEAN, curé
Edito du 20 janvier 2019